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Piloter, superviser et reconfigurer efficacement des robots industriels dans une cellule complexe, aucun problème pour SCORE.
Développé par le CEA-List, SCORE est un environnement logiciel de commande supervisée qui facilite la programmation et le pilotage interactif de robots industriels. Connecté à un jumeau numérique synchronisé en temps réel, il permet de visualiser, simuler et sécuriser les opérations pendant leur exécution, avec des fonctions d’anticollision et de guidage virtuel. Conçu pour les environnements exigeants, SCORE améliore la précision, la sécurité et l’efficacité des cellules robotisées, tout en réduisant la charge des opérateurs.

SCORE est un environnement logiciel conçu pour simplifier le développement d’interfaces de programmation robotique et de systèmes de commande supervisée.
Initialement pensé pour piloter des robots évoluant en environnements sévères ou à risque, SCORE s’est progressivement imposé comme un outil particulièrement adapté aux usages industriels avancés. Il fonctionne en complément de la suite logicielle CORTEX et permet un pilotage interactif en ligne, via un jumeau numérique synchronisé en temps réel avec le robot physique.
Grâce à ce jumeau numérique, les opérations peuvent être visualisées en 3D, simulées et sécurisées avant et pendant l’exécution. Le système intègre des fonctions d’anticollision, de guidage virtuel et d’assistance contextuelle, améliorant à la fois la précision, la sécurité et l’efficacité des tâches.
En pratique, SCORE permet de réduire la charge cognitive des opérateurs, d’optimiser les temps d’exécution et de fiabiliser les opérations complexes, par exemple lors d’assemblages d’équipements lourds nécessitant un positionnement précis avec de faibles tolérances. Le robot peut assister l’utilisateur dans les phases délicates, tout en garantissant la protection des pièces et de l’environnement de travail.
Une brique technologique qui facilite l’intégration des robots dans les ateliers et rend la robotique plus accessible, y compris aux non-spécialistes.
Acteur industriel majeur, Naval Group déploie une stratégie ambitieuse en matière de robotique industrielle, en s’appuyant sur un écosystème associant start-ups, laboratoires académiques et centres technologiques. L’objectif : inventer les solutions robotisées capables de répondre aux contraintes spécifiques de l’industrie lourde, tout en renforçant la souveraineté technologique française.
Cette dynamique s’inscrit pleinement dans les priorités de France 2030 et illustre le rôle structurant des coopérations entre grands groupes et recherche publique pour accélérer le transfert technologique vers l’usine.
AMATSUMARA : robotiser l’assemblage avant soudure
Parmi les projets emblématiques figure AMATSUMARA, sélectionné dans le cadre du Défi Transfert Robotique de France 2030. Le projet s’attaque à un verrou industriel majeur : l’automatisation de l’assemblage préalable à la soudure de pièces métalliques longues et lourdes, notamment dans des contextes de petites séries.
Si la robotique de soudage est aujourd’hui largement maîtrisée pour les productions répétitives, la phase d’assemblage reste, elle, très souvent manuelle. Or, cette étape est critique : il s’agit d’amener une pièce métallique de grande dimension et de forte masse dans une position 3D précise, avec une tolérance inférieure au millimètre, de la maintenir, puis de réaliser le pointage par soudure.
Il y a plusieurs enjeux techniques : la manipulation de charges lourdes et variables, la précision de positionnement sur grande longueur, la coordination bi-bras (« une main maintient, l’autre soude »), et l'intégration dans des environnements industriels complexes.
AMATSUMARA vise ainsi à développer une solution d’assemblage robotisé combinant force, précision et capacité à opérer sur de grandes dimensions. Le projet repose sur un consortium associant notamment Naval Group, le Groupe BRIAND, le LS2N, l’IRT Jules Verne, SERAAP, Proxinnov et plusieurs partenaires technologiques.
Les briques scientifiques mobilisées couvrent la préhension avancée, la robotique bi-bras, la modélisation dynamique des systèmes et l’optimisation des trajectoires. Le LS2N porte les travaux académiques, tandis que SERAAP assure l’intégration des solutions et que Proxinnov contribue à leur évaluation sur cas industriels réels.
Au-delà de la pure performance technique, ce projet revêt une dimension stratégique : automatiser ces opérations complexes pour améliorer la sécurité des opérateurs, accroître la précision des assemblages et renforcer la compétitivité industrielle.
Une approche écosystémique de l’innovation
À travers AMATSUMARA et d’autres initiatives, Naval Group illustre une approche collaborative de l’innovation robotique. En articulant besoins industriels concrets et recherche de pointe, l’entreprise participe activement à la structuration d’un écosystème national capable de concevoir les robots industriels de demain.
Le projet PARME (autre lauréat du Défi Transfert Robotique) explore la maintenance robotisée d’infrastructures métalliques en milieux exigus ou hostiles (cuves, cales, barrages), afin d’améliorer sécurité, qualité et durabilité des traitements anticorrosion.
Cette logique de co-développement, associant industriels, laboratoires et structures de transfert, constitue l’un des leviers essentiels pour accélérer le passage à l’échelle des solutions robotiques en France.
Un entretien approfondi avec Delphine Keller, Responsable Ligne Programme Innovation Usine du Futur chez Naval Group viendra prochainement éclairer les enjeux stratégiques et opérationnels de cette transformation.
Le GDR Robotique a réuni la communauté scientifique le 4 novembre au LIRIS pour une journée entièrement consacrée aux modèles de fondation appliqués à la robotique. Organisée au sein du Laboratoire d’InfoRmatique en Image et Systèmes d’Information (UMR 5205), cette rencontre a rassemblé des chercheurs et doctorants issus de laboratoires français et internationaux autour d’un même enjeu : comprendre comment ces nouveaux modèles peuvent transformer en profondeur la conception et les usages des systèmes robotiques.
Popularisés par l’essor des grands modèles de langage et des architectures multimodales, les modèles de fondation représentent une rupture majeure pour la robotique. Là où les approches traditionnelles reposaient le plus souvent sur des systèmes spécialisés, conçus pour accomplir une tâche précise dans un environnement bien défini, ces nouvelles architectures ambitionnent de doter les robots de capacités plus générales. En s’appuyant sur des données variées (texte, image, action, voire audio) elles permettent d’envisager des machines capables d’apprendre plusieurs tâches, de transférer leurs connaissances d’un contexte à un autre et d’interagir de manière plus naturelle avec les humains.
Toutefois, la promesse scientifique s’accompagne de défis importants. Déployer ces modèles sur des robots réels implique de composer avec des contraintes matérielles, des limites de calcul embarqué et une dynamique physique bien plus complexe que celle des environnements numériques. Les questions de robustesse, de sécurité et d’adaptation aux incertitudes du monde réel occupent ainsi une place centrale dans les travaux présentés. La journée a permis d’illustrer combien le passage du modèle théorique au système opérationnel demeure un chantier scientifique à part entière.
Le programme a offert un panorama riche des recherches en cours. Les interventions ont abordé aussi bien l’inspiration biologique pour la conception des modèles que la manipulation robotique sur des horizons temporels longs, l’intégration conjointe de la vision et du langage, ou encore les apports des grands modèles de langage comme moteurs de raisonnement au sein de boucles de perception active. Plusieurs présentations ont également mis en lumière des applications concrètes, notamment en robotique de service et en manipulation d’objets, ainsi que le rôle déterminant de la simulation dans l’apprentissage robotique. Les environnements simulés apparaissent en effet comme des outils essentiels pour entraîner les systèmes, tester des stratégies et élaborer des abstractions adaptées avant leur transfert vers le monde physique.
Au fil des échanges, la journée a confirmé le dynamisme de la communauté et l’intérêt croissant pour ces approches hybrides, à la croisée de l’intelligence artificielle et de la robotique. Si cette rencontre marque le terme d’une séquence d’échanges formels, elle ouvre surtout de nouvelles perspectives de collaboration et de recherche. Les modèles de fondation, encore en pleine maturation, s’imposent progressivement comme l’un des axes structurants de la robotique contemporaine, appelés à redéfinir les capacités et les usages des robots dans les années à venir.
L’Union européenne vient de publier l’Apply AI Strategy, une nouvelle stratégie qui complète le plan “AI Continent” en passant cette fois à une logique très opérationnelle : accélérer l’adoption de l’IA dans les secteurs industriels clés (dont la robotique) et renforcer la souveraineté technologique européenne.

La nouveauté, c’est l’approche "AI-first" : chaque organisation, publique ou privée, est encouragée à considérer l’IA comme une solution potentielle dès la conception d’un projet, tout en privilégiant les technologies européennes et open source. La stratégie s’appuie sur des moyens concrets tels que le renforcement des EDIH (European Digital Innovation Hubs) transformés en centres d’expérience IA, les TEF (Testing and Experimentation Facilities) [cf. ci-dessous], sandboxes réglementaires, “AI Factories” et introduit une nouvelle gouvernance (Apply AI Alliance et AI Observatory) pour aligner politiques et besoins terrain. L’Europe passe d’une vision à l’action, avec un fort impact attendu sur les filières industrielles.
La maturité digitale en France (et en Allemagne) selon Wavestone - Baromètre 2025 de l'Industrie 5.0
La robotique avancée semble désormais avoir intégré le socle technologique industriel français, avec un niveau de déploiement comparable aux « SI d’exploitation ». C’est une évolution importante car elle contribue à améliorer la performance opérationnelle, en favorisant l’automatisation et l’intégration des processus industriels.
L’IA connaît une accélération marquée en 2025, portée par l’IA générative, avec en moyenne 35 % d’entreprises en France et en Allemagne qui l’ont déployée contre 3 % en 2024. Il s’agit d’usages simples à impact rapide, tandis que l’IA industrielle reste plus complexe à déployer à grande échelle. La R&D est, comme l’année précédente, la fonction la moins digitalisée, non loin de la production et de la maintenance.
Légèrement moins de 80% des entreprises ayant déployé des solutions digitales (dont IA et data) observent un vrai gain de performance. Ce constat souligne l’importance du ciblage des cas d’usage et des conditions de passage à l’échelle. En effet, le passage à l’échelle reste le principal blocage : seule 1 entreprise sur 5 parvient à industrialiser ses solutions digitales dans les délais attendus. Le principal frein demeure l’interopérabilité de l’infrastructure et des données au sein de l’entreprise. Enfin, le baromètre met en évidence une forte corrélation entre maturité digitale et performance : les deux-tiers des répondants se considérant « experts du digital » auraient atteints leurs objectifs de performance ; seuls 16% de ceux qui n’ont pas terminé de digitaliser leurs moyens de production ont atteint leurs objectifs de performance.
Avant d’être déployés sur le terrain, les robots modernes sont de plus en plus entraînés et testés dans des environnements numériques avancés. Les simulateurs physiques recréent des conditions réalistes et de génèrent des données synthétiques permettant à la fois l’entraînement initial des modèles d’IA et la validation complète de la pile logicielle, le tout dans un cadre sûr. Cette approche réduit considérablement la dépendance aux robots physiques lors des phases de test.

Deux niveaux d’utilisation
Apprentissage initial des modèles d’IA
Formation des robots dans un environnement contrôlé.
Génération de jeux de données synthétiques pour l’entraînement.
Validation des logiciels de contrôle et de planification
Test complet des algorithmes avant passage au réel.
Simulation de situations extrêmes ou imprévues.
Nouvelles plateformes et innovations
Au-delà des simulateurs classiques, de nouvelles plateformes émergent.
Par exemple, Dassault Systèmes a présenté 3D Univ+rses, une architecture numérique permettant d’exploiter la conception 3D, les jumeaux virtuels et les données PLM dans un espace de représentation innovant.
Cet environnement est dédié à l’Experience as a Service (XaaS), incluant les expériences génératives (GenXp), les compagnons virtuels, et les expériences de jumeaux virtuels intelligents (VTaaS), avec des applications allant de l’industrie manufacturière à la santé en passant par la consommation.
Le projet GRIP4ALLrassemble l’équipe AUCTUS de l’INRIA-BX,RoBioSS du CNRS / Univ. Poitiers et la société FIVES SYLEP, associée à KMSD, pour développer un démonstrateur de palettisation robotisée de produits alimentaires frais hétérogènes sans ordonnancement préalable.
Il s’agit, au terme du projet, de développer une offre de cellules robotisées configurables pour la préparation de commande dans les plateformes logistiques.

Des préhenseurs dextres et adaptatifs
Le projet intègre des technologies de préhension de pointe pour la saisie de produits :
GripTechP’ : préhenseurs multi-digitales poly-articulés brevetés, reproduisant la dextérité de la main humaine.
GraspConf : algorithmes pour le choix optimal de la prise selon les propriétés géométriques et physiques des objets et la tâche à réaliser.
Une vision robotique robuste
La reconnaissance des produits repose sur des algorithmes d’apprentissage machine :
PHYDEPAL : logiciel de reconnaissance des produits basé sur l’apprentissage profond
Commande et optimisation des mouvements
Des techniques avancées de commande permettent de gérer dynamiquement les contraintes d’accessibilité, de prise et de dépose, de stabilité de la prise pendant le transfert ainsi que l’ensemble des capacités des systèmes de manipulation :
Qontrol : génération en ligne de mouvements optimaux dans des contextes dynamiques via commande prédictive et optimisation des performances robotiques en utilisant des outils de quantification précis et puissants.
MegaPose : reconnaissance et estimation de la configuration 6D des objets (position et orientation dans l’espace).
BaPCod : bibliothèque mathématique d’optimisation par programmation linéaire, pour améliorer les performances robotiques.
Planification et heuristiques de palette
FIVES-Sylep apporte son expertise pour la planification des méthodes de décomposition des palettes, produisant des heuristiques efficaces pour construire les palettes de manière optimale.
État actuel et prochaines étapes
Les différentes fonctions sont en cours de consolidation.
Tests réalisés physiquement et en simulation avant intégration dans le cadre applicatif final.
Prochaine étape : démonstrateur opérationnel, prêt à répondre aux besoins logistiques des plateformes de palettisation de produits frais.
Pourquoi suivre GRIP4ALL ?
Démonstration concrète de co-innovation public-privé.
Exemple d’intégration de la recherche académique dans des solutions industrielles opérationnelles.
Opportunité d’observer l’évolution de la robotique collaborative dans la logistique et l’agroalimentaire.
Les modèles de fondation visent à doter les systèmes robotiques de connaissances étendues et de capacités de généralisation, afin de s’adapter à une grande diversité de tâches, d’environnements et d’interactions. Inspirés par le succès des modèles de langage et de vision, la communauté robotique explore activement leur utilisation et leur adaptation à des fonctions variées.

Applications concrètes et premiers succès
Les chercheurs explorent déjà des applications prometteuses :
VLM (Vision-Language Models) : ces modèles associent les images et le langage, permettant aux robots de relier ce qu’ils voient à des descriptions ou des consignes.
LLM (Large Language Models) : ces modèles de langage aident les robots à raisonner sur les étapes d’une tâche et à organiser leurs actions.
Cas marquant : Boston Dynamics et Toyota Research Institute (TRI) ont présenté un Large Behavior Model (LBM) appliqué au robot Atlas. Celui-ci réalise des séquences continues mêlant manipulation d’objets et locomotion, illustrant le potentiel des modèles de fondation pour dépasser les limites actuelles.
La recherche actuelle se concentre à la fois sur la compréhension des capacités et limites de ces modèles et sur l’amélioration de leur conception et de leur adaptation afin de les rendre pleinement opérationnels en robotique.
Du 15 au 17 août dernier, Pékin a accueilli la première édition des “Jeux mondiaux de robots humanoïdes”, une compétition inédite rassemblant près de 500 robots répartis en 280 équipes venues de 16 pays, dont les États-Unis, l’Allemagne, le Brésil, le Portugal et le Japon. Aucune équipe française n’était présente pour cette première édition.
Pendant trois jours, les robots, principalement fabriqués par des entreprises chinoises comme Unitree et Booster, se sont affrontés dans 26 disciplines inspirées des Jeux olympiques traditionnels : athlétisme (courses de 400 m et 1 500 m, saut en longueur), gymnastique, boxe, football, mais aussi des épreuves plus originales comme des battles de danse ou des démonstrations d’arts martiaux.
Au-delà du spectacle, ces compétitions constituent un véritable laboratoire technologique : elles permettent de tester les capacités des robots humanoïdes, d’acquérir de nouvelles connaissances, de confronter des approches variées et de favoriser la collaboration internationale entre chercheurs et industriels.
Gobano Robotics développe un pipeline IA qui permet d'automatiser les tâches manuelles en apprenant facilement à un bras robotique à effectuer une tâche répétitive. Grâce à leur technologie, seuls quelques jours suffisent pour développer des modèles d'IA robotiques performants, faits pour un déploiement industriel. Les cas d'usages sont multiples, notamment : manipulation de vêtements (tri, pliage, dépliage), picking d'objets variables, packing/unpacking, manipulation d'outils etc.
Le pipeline Gobano est une "usine à modèles d'IA", dont les étapes techniques sont décrites dans l'illustration ci-dessous.

La spécificité de Gobano est de faire de l'apprentissage par renforcement, ce qui permet de faire converger les modèles vers une performance industrielle (typiquement 99% et une vitesse compétitive), pour être déployés dans des robots en production, là où les modèles obtenus par simple imitation ne dépassent pas les 90% et restent lents.
Enfin, l'approche bottom-up de Gobano permet de développer rapidement de petits modèles d'IA robotique, tâche par tâche, ne nécessitant pas de grandes quantités de données ni de puissance de calcul, et pouvant fonctionner en offline directement dans les bras robotiques.
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