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jeu 07/05/2026 - 13:24

Robotique humanoïde : la France dispose désormais d’une plateforme stratégique au LAAS-CNRS

Articles de la newsletter du Comité Robotique
Rubrique : Ressource du Comité robotique - "Fiche produit"

Les robots humanoïdes sont partout. Entre les démonstrations spectaculaires de Boston Dynamics, les annonces d’Elon Musk avec Optimus, les investissements massifs de Figure AI ou encore l’accélération fulgurante des acteurs chinois comme Unitree, la robotique humanoïde vit aujourd’hui une nouvelle phase d’ébullition mondiale. Mais derrière les vidéos virales de robots capables de courir, sauter ou danser, une question demeure : comment transformer ces démonstrations impressionnantes en systèmes réellement utiles, robustes et capables d’interagir durablement avec le monde réel ?

 

C’est précisément sur ces défis que travaillent depuis des années les chercheurs français, notamment au LAAS-CNRS, avec une conviction forte : l’humanoïde n’est pas seulement un objet technologique fascinant, c’est aussi un formidable laboratoire pour comprendre et reproduire certaines capacités humaines.

 

Comme le rappelle Olivier Stasse, chercheur au LAAS-CNRS, les humains réalisent chaque jour des tâches extraordinairement complexes sans même y penser : « Vous cherchez vos clés, vous vous penchez sous un lit, vous utilisez vos bras pour garder l’équilibre… Tout ce processus paraît naturel, mais lorsqu’on essaie de le reproduire sur un robot, c’est extrêmement compliqué. »

 

Olivier Stasse et l’un de ses “sujets d’expérimentation” ©Olivier Stasse

 

Cette complexité explique pourquoi, malgré les avancées spectaculaires de l’intelligence artificielle, les robots humanoïdes restent encore loin des capacités d’adaptation humaines. Pour faire progresser ces technologies, la France dispose désormais d’un atout stratégique : une plateforme robotique humanoïde complète au LAAS-CNRS. Pensée comme un véritable environnement d’essais et d’expérimentations, cette plateforme permet de tester des robots humanoïdes dans des conditions réalistes grâce à des systèmes de capture de mouvement ultra-précis, des équipements de sécurité, des capacités de calcul pour l’IA et une chaîne complète de validation mêlant logiciels, capteurs et mécatronique.

 

Le H1v2 de Unitree ©Unitree

 

Depuis fin février, elle accueille notamment le robot H1v2 de la société chinoise Unitree, un humanoïde particulièrement remarqué pour ses capacités dynamiques. Ce robot, capable de sauter, courir ou absorber des impacts grâce à ses moteurs puissants, ouvre de nouvelles perspectives pour le déploiement d’approches d’apprentissage par renforcement sur des plateformes humanoïdes.

 

L’équipe Gepetto du LAAS-CNRS compte notamment s’appuyer sur ce robot pour transférer vers l’humanoïde des avancées déjà obtenues sur les robots quadrupèdes.

 

Cette convergence entre IA et robotique constitue aujourd’hui l’un des grands tournants du secteur.

Les nouvelles approches d’apprentissage permettent désormais à des robots de s’entraîner en simulation pendant des milliers d’heures… en seulement quelques heures de calcul. Olivier Stasse compare ce processus à l’entraînement sportif humain : le robot répète, échoue, corrige et finit progressivement par apprendre le bon mouvement.

 

Plus impressionnant encore, certaines approches récentes permettent désormais aux robots d’apprendre simplement en observant des vidéos humaines.

« Quand vous dites à quelqu’un : “Mets-toi debout”, vous ne lui expliquez pas la tension exacte de chaque muscle. Pourtant il y arrive. Aujourd’hui, on commence à voir apparaître ce type de mécanismes chez les robots, et c’est assez fantastique », explique Olivier Stasse.

 

©Unitree

Ces avancées restent cependant fragiles. Les démonstrations industrielles actuelles montrent encore des limites importantes en robustesse, en autonomie ou en répétabilité. Même les systèmes les plus avancés affichent souvent des taux de réussite partiels sur des tâches pourtant simples pour un humain.

 

Mais pour les chercheurs, l’enjeu dépasse la simple automatisation. La robotique humanoïde représente aussi une manière unique d’explorer la biomécanique, l’apprentissage, l’équilibre, la perception et l’interaction avec l’environnement. Elle oblige à faire dialoguer mécanique, intelligence artificielle, neurosciences et sciences du mouvement.

©Unitree

 

Et dans cette course mondiale, disposer en France d’une plateforme ouverte aux chercheurs et aux industriels constitue un levier stratégique majeur.

 

La plateforme du LAAS-CNRS permettra ainsi de soutenir des projets collaboratifs, des preuves de concept, des transferts technologiques et des expérimentations avancées autour des humanoïdes de demain.

 

Dans un domaine où les investissements internationaux se chiffrent désormais en centaines de millions, voire en milliards d’euros, cette infrastructure montre que la France possède elle aussi les compétences, les talents et les outils pour participer activement à la prochaine grande révolution robotique.

 

> Citations Olivier Stasse tirées de son entretien avec France culture