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lun 05/10/2026 - 13:46

Robots expressifs : quand l’erreur les rend plus suspects

Articles de la newsletter du Comité Robotique
Rubrique : Echos de sciences
PEPER robot image

Crédit image : Issu du site de présentation de Pepper – Soft Bank

Ils commencent à frapper aux portes de nos maisons, de nos hôpitaux, de nos bureaux. Les robots humanoïdes se rapprochent de nous à pas comptés. Leur « intégration sociale » bute toutefois sur un obstacle : la confiance. Une étude internationale (cf. réf. fin de l’article), éclaire ce défi grâce à une approche en neurobiologie. Avec un verdict contre-intuitif : plus un robot est expressif, plus ses erreurs érodent la confiance qu’on lui accorde.

Les chercheurs ont soumis des participants à une interaction en face-à-face avec un robot humanoïde (PEPPER, cf. image), tout en mesurant leur activité cérébrale par spectroscopie proche infrarouge (fNIRS), leur taux d’ocytocine salivaire, leurs déclarations de confiance et leur degré d’influence comportementale. Le robot, tantôt animé (mouvements, inclinaisons de tête, intonations), tantôt statique, devait réaliser des tâches collaboratives. Parfois, il « commettait des erreurs » ; comprendre il violait les normes de coopération / communication traditionnellement admises.

L’erreur réduit mécaniquement la confiance et l’influence du robot

Mais l’effet est décuplé lorsque le robot est expressif. Dans ce cas, le cortex préfrontal des participants s’active bien plus fortement, et l’ocytocine – souvent présentée comme « l’hormone de l’attachement » – grimpe en flèche… pour mieux accompagner une défiance accrue. Loin de favoriser le lien, elle semble ici agir comme un signal de vigilance contextuelle : elle alerte l’humain que le partenaire mécanique a transgressé une règle implicite.

C’est un résultat inattendu donc riche d’enseignements. En effet, les concepteurs de robots sociaux cherchent à les doter d’une plus grande expressivité, afin de renforcer l’engagement et la fluidité des échanges. Mais attention, nous apprend cette étude : un robot « trop humain » dans ses manières, rend ses erreurs plus saillantes, plus perturbantes. L’écart entre l’attente (un partenaire compétent) et la réalité (une faute) crée un choc émotionnel et cognitif que le cerveau traite comme une menace potentielle. La confiance, déjà fragile, s’effondre alors plus nettement.

La recommandation des auteurs porte alors sur l’arbitrage de conception suivant : gagner en expressivité, c’est aussi prendre le risque de perdre en crédibilité en cas de défaillance – comprendre de non-alignement parfait avec les normes habituelles de coopération. Pour les ingénieurs, cela implique de calibrer finement les comportements non verbaux du robot en fonction du contexte. On imagine qu’un robot médical aura intérêt à être aussi sobre que possible, alors qu’un robot ‘compagnon’ domestique pourra peut-être être un peu plus expressif.

La leçon est précieuse pour concevoir ces humanoïdes, dont les prévisions nous disent qu’ils seront très nombreux autour de nous – jusqu’à 2 robots par actifs d’ici 20 ans ! : ces machines ne doivent pas être conçues comme « plus humaines » mais simplement plus fiables. Le robot qui sourit trop paiera cher ses faux pas.

Référence : Topoglu, Y., Krueger, F., Joshi, S., Rothstein, N., Franke, A. A., Li, X., Gratch, J., de Visser, E. J., & Ayaz, H., 2026, Science Robotics, Vol 11, Issue 11, 29 juillet.